Billet d’humeur : Zimmer / Horner

James Horner est un compositeur exceptionnel. Sans doute un des 10 meilleurs compositeurs de musique de film du 20ème siècle encore vivants. Il a composé d’excellentes béos comme Braveheart, Apollo 13, Willow, Legends of the Fall et j’en passe… Mais c’est un compositeur qui, me semble-t-il, commence depuis quelques années à tomber dans le systématique… Comme un artiste qui trouve un bon truc mais qui ne fait plus que le répéter infiniment, et finalement ce n’est plus original. Horner a un style qui marche, et c’est, si j’ose dire, là le problème… Les amateurs de musiques de films auront bien remarqué qu’il n’est pas rare de retrouver, certes parfois très brièvement, certains thèmes revenant dans plusieurs béos d’Horner. Ainsi, entre Braveheart, Titanic et Apollo13, il n’est pas difficile de trouver une petit thème qui revient par moments au beau milieu de ces béos. Un petit clin-d’œil au propre travail d’Horner… mais qui commence à prendre des dimensions plus importantes… Il devient de plus en plus clair d’Horner continue avec ce style qui, même s’il marche bien, devient lassant à long terme. Horner ne cherche pas à changer de style, de sonorités… Avec The Mask of Zorro, c’est quand même plutôt rassurant. Horner, pour une fois, a exploré d’autres voies, notamment avec des musiques pour des instruments et des rythmes espagnols. Ça nous donne une excellente BO. Mais va-t-il continuer sur cette voie ?
Hans Zimmer quant à lui, a compris le problème depuis longtemps. Lui aussi est un compositeur génial (c’est mon préféré, mais ça n’a rien à voir…), l’auteur des superbes thèmes de Crimson Tide, de The Rock, de The Lion King et Broken Arrow, etc… Il est sans doute le meilleur compositeur de musiques de films d’action. C’est plus ou moins lui qui a d’ailleurs lancé le style « musiques de films d’action » que l’on retrouve dans la plupart des films d’aujourd’hui. Sauf qu’à la différence d’Horner, ce n’est plus Zimmer qui joue son « style qui marche ». Zimmer a bien vu que cela marchait bien et le serait pour longtemps, mais qu’à force cela allait devenir lassant. C’est pourquoi il a décidé de créer une boîte de production de béos où il embaucherait d’autres compositeurs qui continueraient de composer ce style de musique à sa place. C’est ainsi qu’est né Media Ventures, le studio de Zimmer, où travaillent également Nick-Glennie Smith, le compositeur de la BO de « L’homme au masque de fer » ou encore Harry-Gregson Williams, celui de « Armageddon ». Cela laisse à Hans tout le loisir de s’exercer à d’autres styles de musiques, de découvrir d’autres sonorités. Les musiques de The Rock, Beyond Rangoon, The Prince of Egypt ou The Thin Red Line sont toutes radicalement différentes, et pourtant ont été composées par le même homme ! Comme il le dit lui-même : « certains ont voulu imiter mon style (...). Je ne peux alors plus l'employer. Je dois donc changer de style tout le temps, car d'autres se l'approprient ». A cause de cela, Hans Zimmer est donc sans cesse à la recherche d’un nouveau style, de nouveaux horizons sonores, et c'est pas plus mal ! Il recherche, comme tous les vrais artistes, le « but de son art ». Toutes ces musiques qui marchent bien ne peuvent pas être ce but. Elles sont encore trop peu travaillées, pensées, pas assez mûrement réfléchies. Je crois que Zimmer, avec The Thin Red Line, commence à voir le «  style final », même si celui-là ne sera jamais atteint, sinon à la fin de la vie d’un homme. Et il n’y a qu’à espérer que Zimmer composera encore de nombreuses musiques tout aussi poussées que celle-ci. The Thin Red Line est vraiment la première œuvre de maturité de Zimmer. C’est peut-être parce qu’elle sort justement de l’ordinaire qu’elle n’a pas été récompensée aux Oscars. Les Oscars ne récompensent que les musiques « qui marchent » ou dont le film a marché. Cette BO est une musique profonde, à la fois parlante et mystérieuse… Des thèmes lents mais sublimes… C’est probablement la meilleure béo de Zimmer parce que la plus mûrie, la plus réfléchie, la plus aboutie.
Horner n’en est pas encore là. Il cherchait déjà son style dans les années 1980 avec The Name of the Rose ou Willow, puis il croit l’avoir trouvé avec ses musiques des années 1990. Mais est-ce vraiment le « style final » de la carrière d’Horner, l’aboutissement de son œuvre ? Il me semble que non…

Vous comprenez désormais mon point de vue sur les œuvres de Zimmer et d’Horner… Peut-être que vous n’êtes pas d’accord avec moi et je respecte votre point de vue. Mais sachez que je suis tout ouïe à vos remarques sur cet avis qui est le mien.

Sylvain Rivaud, 24 Janvier 2000.

PS : Je remercie Quentin Billard du site Goldenscore pour son avis précieux qui m’a permis de réfléchir à la question et d’écrire ce billet d’humeur. Il a écrit un article similaire que je vous invite à aller lire sur son site : http://goldenscore.free.fr/hume.htm

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